vendredi 30 avril 2010
Un maire (Nouveau Centre) censure la lettre d'une ancienne déportée
Par Debout Les Jeunes 06, vendredi 30 avril 2010 à 07:11 :: Polémique
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20100428.OBS3147/une-mairie-censure-la-lettre-d-une-ancienne-deportee.html
Une mairie censure la lettre d'une ancienne déportée
La mairie de Parthenay a empêché la lecture à des élèves d'un récit d'une ancienne déportée pour ne pas "stigmatiser" la gendarmerie. Devant l'ampleur prise par l'affaire il dément finalement toute censure.
La mairie de Parthenay a censuré une lettre écrite par Ida Grinspan, ancienne déportée, qui devait être lue à des élèves dans le cadre de la Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation, selon le Courrier de l'Ouest daté du mercredi 28 avril.
"Mes élèves ne participeront plus au devoir de mémoire et aux cérémonies commémoratives. Je renonce à souscrire à ce que j'appelle une forme de censure", a indiqué au quotidien, Nathalie Lanzi, professeur d'histoire-géographie au collège de la Couldre (Deux-Sèvres).
"Dans un pays démocratique comme le nôtre, c'est triste de penser qu'on ne peut pas raconter l'histoire telle qu'elle s'est passée", a déploré pour sa part Ida Grinspan. "C'est une forme de révisionnisme", ajoute-t-elle, interrogée par Nouvelobs.com.
Pour ne pas heurter les gendarmes
Le professeur qui accompagne depuis cinq ans ses élèves "volontaires et enthousiastes" aux cérémonies commémoratives et patriotiques, avait demandé à l'ancienne déportée d'Auschwitz, de rédiger un texte que les élèves devaient lire dimanche, a-t-elle raconté au quotidien.
Mais ce témoignage a heurté Michel Birault, ancien gendarme et adjoint en charge des affaires patriotiques. Ida Grinspan y évoquait son arrestation par trois gendarmes à 14 ans. Le professeur a dans un premier temps accepté, à contrecoeur, de remplacer le mot "gendarmes" par "hommes".
Michel Birault a ensuite présenté le texte au maire Xavier Argenton (NC) qui, lui, a refusé sa lecture, selon un mail envoyé par l'adjoint à l'enseignante. "Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui dans ces temps troubles avait obéi aux ordres de l'autorité légitime", aurait-il dit à son adjoint. Ce texte "n'est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue", aurait-il ajouté.
"Mon objectif n'était pas de blesser mais de dire l'histoire. Je suis attachée au devoir de mémoire et au souci de vérité", a conclu Nathalie Lanzi, également conseillère régionale (PS).
Pour Ida Grinspan: "C'est terrible, cette mentalité-là. Il faut savoir regarder la vérité en face. Ce que je dis dans ce texte, je le dis à chaque fois que j'interviens dans une école. Je dis simplement ce qui a été".
Démenti du maire
Mais mercredi en fin de journée, le maire a tenté de démentir toute forme de censure. "Je n'ai pas interdit sa lecture. Le professeur aurait pu faire lire la lettre par ses élèves", a déclaré Xavier Argenton, actuellement à l'étranger, interrogé au téléphone par l'AFP.
"J'ai dit, ce serait bien qu'on évite de stigmatiser une profession (gendarme, ndlr) dans sa globalité, qu'on évite ce mot. J'ai donné mon avis. Je trouve que parler de censure est inapproprié et je suis stupéfait de l'ampleur de la polémique", a ajouté l'élu.
(Nouvelobs.com)
Ci dessous le fameux texte censuré :
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20100428.OBS3160/shoah-le-message-censure-d-ida-grinspan.html
"J’ai été, par précaution, envoyée dans les Deux Sèvres alors que j’avais 10 ans, par mes parents inquiets et soucieux que je grandisse loin de la capitale.
Je suis donc arrivée dans une famille, chez ma nourrice Alice et son mari Paul et auprès de Madame Picard, ma maîtresse d’école à qui je dois ce que je sais ; je pars non pas pour me cacher mais me réfugier ! J’ai été très bien accueillie et je suis allée à l’école communale, j’ai passé mon certificat d’étude : j’étais heureuse, même si je m’inquiétais pour mes parents restés à Paris ; maman malheureusement a fait partie de la rafle du Vel' D’Hiv en juillet 42 ; je vivais sans racisme, sans anti sémitisme de la part des voisins, de mes amies de classe et des habitants du village ! J’étais la petite juive, voilà tout.
"Une armée victorieuse, mais en passe d’être vaincue, et qui ne trouve rien de plus urgent que d’intimer l’ordre à se vaincus d’aller dénicher une petite juive des Deux Sèvres pour l’expédier dans l’enfer D’Auschwitz ! La patrie des Arts menant une guerre à mort contre une enfant parmi des milliers d’autres pour le seul crime d’être née !...
"J’ai été arrêtée le 31 janvier 1944 par 3 gendarmes, l’inhumanité même, de ces 3 hommes, le chiffre 3 , chiffre impair qui montre bien la détermination d'être solidaires de ne pas se laisser influencer face à la jeunesse, face aux suppliques de ma nourrice, des demandes insistantes du maire de la commune pour ne pas m’emmener moi, si jeune, si innocente, qui avait la malchance d’être née juive! Alors que les armées alliées sont en train de délivrer l’Europe des allemands, 3 gendarmes français, ont obéit aux ordres de m’emmener à Niort pour connaître le pire : d’abord le camp de Drancy, puis l’enfer d’un voyage de 3 jours dans un wagon à bestiaux, plombé, avec des hommes, des femmes et des enfants pour arriver aux camps de la mort : c’était ça La Déportation. C’était un voyage terrible, où l’on devait apprendre à vivre ensembles, à faire ses besoins dans une tinette qui a débordée au bout de quelques jours, de vivre dans la saleté, le manque d’air !
"On se disait que le pire était derrière nous mais il était devant nous : quand le wagon s’est ouvert un comité d’accueil allemand avec chiens et hurlements nous attendaient pour la sélection. Je me souviendrai toute ma vie de ces hommes et femmes, enfants, vieillards qui sont partis dans des camions, pour les chambres à gaz ; moi, j’ai eu la chance si l’on peut dire, d’entrer dans le camp pour y travailler avec tout ce que l’on sait de la vie quotidienne dans les camps : nous étions des numéros, et non des êtres humains ; la déportation c’est aussi un programme de déshumanisation organisée par le régime nazi.
"La barbarie s était glissée, cette nuit d’hiver, dans un hameau que tout destinait au sommeil heureux des lieux oubliés par l’Histoire ; Oui j’ai donc connu jusqu’à mes 14 ans une vie loin des fracas de la guerre, des privations de nourriture, des rafles, de l’ostracisme du gouvernement de Vichy et derrière tout cela le totalitarisme nazi organisait l’éradication du peuple juif."
IDA GRINSPAN
Texte spécialement écrit pour le 25 avril 2010 pour le département de Deux Sèvres
(Nouvelobs.com)







